La République Démocratique du Congo peut-elle sortir de la crise ?
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Après des décennies de conflit, les dernières élections en République Démocratique du Congo (RDC) vont-elles permettre de sortir de la crise? Pour en débattre, Normandie pour la Paix, en collaboration avec le Prix Bayeux, avait invité trois reporters spécialisés, rejoints inopinément par un prix Nobel de la Paix, un ancien président africain et un diplomate de l’ONU…
Forum Mondial

Un congolais sur sept a besoin d’aide humanitaire. Plus des deux tiers de la population vivent avec moins de deux euros par jour et jusqu’à cinq millions auraient perdu la vie dans un conflit sans fin où des dizaines de groupes armés s’affrontent pour le contrôle des régions riches en ressources naturelles d’un pays grand comme quatre fois la France. Il y a six mois, le peuple congolais s’est rendu aux urnes. Félix Tshisekedi a succédé à Joseph Kabila ; résultats contestés par la société civile et les autres candidats, mais qui n’ont pas entraîné de flambée de violences comme lors des précédentes élections.

Le peuple a montré sa détermination

« Au contraire, malgré des irrégularités prévisibles et le fait que des provinces d’opposition n’aient pas pu voter (parfois sous prétexte d’ebola), le peuple a montré sa détermination à se faire entendre », souligne Mathilde Boussion, journaliste indépendante qui a couvert les élections pour Associated Press avec le photographe Jérôme Delay. Ce dernier observe qu’après « des années de conflits et de répression brutale, les Congolais ne sont pas descendus dans la rue. » Plus pressés de voir partir l’ancien président qu’inquiets de savoir qui sera le nouveau, suppose Maria Malagardis, journaliste à Libération. Ils ont offert une chance au président élu, Félix Tshisekedi. Hier encore figure historique de l’opposition, aujourd’hui réconcilié avec l’ancien président, « de quelle marge de manœuvre dispose-t-il réellement pour changer le pays ? » s’interroge Sonia Rolley, journaliste à RFI.

Qui a intérêt à ce que le chaos perdure ? 

Toutes les institutions sont encore tenues par Kabila, qui contrôle « le Congrès, l’armée, la justice, la police… », énumère le Dr Denis Mukwege. Le prix Nobel de la Paix dénonce depuis des années la compromission sinon la complicité de l’Etat dans les crimes perpétrés en RDC. « Tshisekedi est un figurant. On ne peut pas reconstruire la paix quand les criminels sont toujours en place. En 2010, l’ONU a publié un rapport qui reconnaît 617 crimes de guerre et contre l’humanité commis au Congo. On connaît les responsables, mais dix ans après, personne n’a encore été poursuivi. Pourquoi faire un rapport pour le mettre dans un tiroir ? Qui a intérêt à ce que le chaos perdure en RDC ? »

L’ONU a failli à sa mission de protection

« L’ONU est venue, mais elle n’a pas réglé le problème », relève Pierre Buyoya, l’ancien président du Burundi. Elle a failli à sa mission de protection. Maria Malagardis décrit la situation à Goma, au Nord-Kivu, « aujourd’hui envahie d’humanitaires et de 4x4 occidentaux qui défilent dans les rues comme à la période coloniale. » L’ancien secrétaire adjoint des opérations de maintien de la paix jusqu’en 2008, Jean-Marie Guéhenno, ne dit pas autre chose. « L’ONU a perdu sa crédibilité politique. Elle est vue comme une puissance coloniale dont on ne peut se passer sans risquer d’embraser la région, mais qui n’a plus de marge de manœuvre. J’ai été naïf de croire que l’on pouvait aider à reconstruire un véritable état démocratique sans toucher au régime en place.  » Pour le diplomate, la sortie de crise viendra du peuple et des institutions locales ; c’est « la voix la plus réaliste ». « Qui sait ce qui arrivera demain au Congo ?, conclut Mathilde Boussion. Certains ont des intérêts économiques et financiers à maintenir le chaos, mais quelle place occuperont-ils dans le nouveau gouvernement ? » 

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